Des techniciens ferroviaires équipés de tenues de sécurité orange et de casques blancs effectuent des contrôles et des opérations de maintenance et de surveillance sur des voies ferrées à l'aide d'ordinateurs et de tablettes.

Le test SECUFER e-learning doit-il être surveillé par l'employeur ?

Par Henri Rinaldo · Président de Réseau Amynco Publié le 26 août 2026 13 min de lecture Formation & évaluation

Quand une entreprise inscrit ses salariés à une formation SECUFER en e-learning, elle vérifie généralement une chose : que le parcours a bien été suivi jusqu'au bout. Le suivi de connexion existe, la progression est visible, l'attestation arrive. Une question reste pourtant presque toujours en dehors du champ — et c'est celle qui porte tout le reste : qui a réellement composé à l'évaluation finale ?

Cette page s'adresse à Les employeurs, responsables HSE, services formation et dirigeants qui font suivre à leurs salariés une formation à la sécurité ferroviaire à distance, et qui délivrent ensuite l'autorisation d'accès aux emprises. Elle traite de la valeur probante de l'évaluation finale, du choix des modalités de formation et de ce qui doit rester dans le dossier.
La question oubliée

Ce que l'entreprise vérifie, et ce qu'elle ne vérifie pas

Le suivi de connexion, la progression, l'attestation reçue : ces éléments sont contrôlés parce qu'ils sont visibles. L'identité de la personne qui a passé l'évaluation finale, elle, ne l'est pas — et c'est pourtant elle qui interviendra sur les voies.

La situation est banale et rarement mal intentionnée. Un salarié en déplacement demande à un collègue de « finir son module ». Un chef d'équipe presse un intérimaire qui doit être opérationnel le lendemain. Quelqu'un passe le test à la place d'un autre pour lui rendre service. Personne ne pense mal faire. Le résultat est le même : l'attestation atteste d'un savoir que personne n'a vérifié.

L'évaluation finale a un objet précis — vérifier que le salarié a acquis les connaissances nécessaires à son activité. Elle clôt le parcours, mais elle n'en est pas l'accessoire : elle en est la démonstration. Si une autre personne répond à sa place, ou si l'épreuve se déroule dans des conditions qui ne permettent pas d'en garantir la fiabilité, le résultat perd une partie de sa valeur, y compris comme élément de preuve du parcours de formation. L'attestation reste matériellement valable ; ce qu'elle prouve devient discutable.

Une croyance de la même famille « De toute façon, il est accompagné par quelqu'un de formé. » C'est le même raccourci, appliqué au terrain plutôt qu'à l'évaluation : on remplace la compétence d'une personne par celle d'une autre. Nous l'avons traité à part dans « il suffit d'être accompagné » : le mythe qui expose les entreprises, comme dans le cas du chauffeur qui ne descend pas de son camion. À chaque fois, le raisonnement tient jusqu'à l'accident.

Il ne s'agit pas de suspecter les salariés. Il s'agit de considérer l'évaluation pour ce qu'elle est : le seul élément du dossier qui mesure quelque chose. Tout le reste — la convocation, la trace de connexion, la facture — atteste d'une présence, pas d'une compétence.

Le point aveugle

C'est vous qui délivrez l'autorisation d'accès

C'est ici que le sujet cesse d'être théorique pour un employeur du ferroviaire.

L'attestation de formation ne vaut pas autorisation d'accès. L'Autorisation d'Accès aux Emprises est délivrée par l'employeur de l'intervenant — ni l'organisme de formation, ni le gestionnaire d'infrastructure —, sur la base de l'attestation de compétence et de la visite médicale à jour — c'est lui qui la remplit, la signe et la met à jour, comme le détaille notre guide comment remplir l'A.A.E..

Autrement dit, la formation fournit un élément ; la décision reste la vôtre. La fiabilité de l'évaluation ne conditionne donc pas seulement la qualité d'un dossier administratif — elle conditionne la solidité d'une décision dont vous êtes l'auteur.

Une attestation valable ne suffit pas toujours Un salarié parfaitement formé peut être refoulé à l'entrée du chantier si sa carte d'accès n'a pas suivi : c'est le sujet de carte A.A.E. non mise à jour : pourquoi une formation encore valide peut bloquer un chantier. La formation, l'évaluation et le document d'accès forment une chaîne — elle se rompt à son maillon le plus faible, exactement comme une rupture de séquence arrête un chantier alors que chaque intervenant était en règle.
Le cadre

Des modalités adaptées aux risques de l'activité

L'employeur est responsable de l'organisation de la prévention et doit organiser une formation à la sécurité pratique et appropriée aux risques. Le texte n'impose pas un format unique et ne désigne aucune modalité privilégiée.

Il appartient à l'employeur de déterminer les modalités de formation adaptées aux risques de l'activité, au regard de son évaluation des risques, des missions réellement confiées et des exigences applicables — celles du décret n° 2017-694, celles issues de la réforme portée par le décret n° 2026-629, mais aussi celles du donneur d'ordre ou du gestionnaire d'infrastructure, souvent plus précises.

Un raisonnement à éviter « La réglementation admet le e-learning, donc le e-learning suffit. » Le raisonnement est inversé : la réglementation n'impose pas un format, elle exige un résultat. C'est l'évaluation des risques de l'entreprise qui détermine ce qui est suffisant, mission par mission.

La formation SECUFER en e-learning est particulièrement adaptée à l'acquisition des connaissances théoriques : risques liés aux circulations, zones dangereuses, sens de circulation, risque électrique, conduite à tenir en situation d'urgence. Elle apporte de la souplesse là où les équipes sont dispersées, mobiles ou recrutées dans l'urgence. Mais lorsque les risques l'exigent, des mises en situation ou une évaluation réalisée par une personne compétente contribuent à vérifier que le salarié est en mesure d'appliquer concrètement ce qu'il a appris. Connaître la règle et savoir se comporter à trois mètres d'une voie circulée ne sont pas la même compétence.

Ce que révèle votre évaluation des risquesModalité cohérente
Intervention ponctuelle et encadrée, hors voisinage de caténaire — relevés, diagnostics, visites.E-learning : parcours théorique, 4 à 7 h, accessible sans attendre une session. Voir le cas des géomètres et bureaux d'études.
Travail avec outils, engins ou végétation en bordure de voie — débroussaillage et élagage.Présentiel : théorie et mises en situation, avec un formateur qui observe les réflexes.
Travaux de nuit, visibilité dégradée, interventions répétées en zone à risques.Présentiel à privilégier : visibilité dégradée, éblouissement par les projecteurs, risque de heurt et risque électrique se cumulent. Cette perception du danger ne se travaille pas sur un écran.
Salariés étrangers ou détachés, maîtrise partielle du français.Parcours dans une langue comprise, et vérification effective de la compréhension — pas seulement du score.
Salarié appelé à organiser le travail des autres sur place.Niveau encadrant : le niveau opérateur ne couvre pas la décision d'engagement, comme le montre un accident survenu sans encadrant présent.

Vous ne savez pas quel format correspond à vos interventions ?

Dites-nous combien de salariés sont concernés, le type d'interventions prévues et qui encadre sur place : nous revenons avec le parcours adapté et un devis chiffré. Réseau AMYNCO est certifié Qualiopi, la formation est finançable par votre OPCO.

Après l'accident

Ce qui sera examiné après un accident ou un contrôle

En cas d'audit, de contrôle, d'exigence d'un maître d'ouvrage ou de contentieux consécutif à un accident, la question de l'adéquation de la formation aux risques de la mission pourra être examinée. C'est le moment où le dossier de formation cesse d'être un classeur pour devenir une pièce, et où l'on remonte la chaîne des décisions — trois accidents ferroviaires et les obligations de l'employeur sont détaillées à part.

La responsabilité de l'employeur peut alors être recherchée, notamment si la formation est jugée inadaptée aux risques encourus ou si le parcours ne peut pas être documenté. Rien n'est automatique : l'appréciation se fait au cas par cas, en fonction des faits, des moyens dont disposait l'entreprise et des circonstances de l'espèce.

Et la question ne s'arrête pas à l'employeur direct. Elle atteint le chef d'équipe qui a laissé un salarié prendre son poste, le donneur d'ordre lorsque la victime n'est pas son salarié, et celui qui savait et n'a rien fait. Un dossier de formation dont la fiabilité est contestable alimente chacune de ces lectures.

À ne pas confondre L'analyse d'un accident et la recherche d'une responsabilité sont deux démarches distinctes, avec des finalités différentes : c'est tout l'objet de l'arbre des causes cherche-t-il un responsable ?. Documenter sérieusement une formation sert d'abord la première.
Notre recommandation

Distinguer l'apprentissage et l'évaluation

Nous recommandons de traiter séparément deux moments qui n'ont pas la même fonction. L'apprentissage se fait à distance, au rythme du salarié, depuis n'importe quel poste — c'est l'intérêt même du format. L'évaluation, elle, peut faire l'objet de mesures simples de vérification mises en place par l'employeur.

  • Un créneau identifié et un poste dédié pour le passage de l'épreuve, plutôt qu'un « quand tu peux ».
  • La présence d'un responsable, d'un référent sécurité ou d'un tuteur au moment de l'évaluation.
  • La conservation des éléments de déroulement : date, lieu, poste utilisé, identité du salarié.
  • L'archivage de l'attestation avec les documents obligatoires du chantier et la déclaration au Passeport Prévention.
  • La vérification de l'attestation avant délivrance de l'A.A.E., et non après.

Aucune de ces mesures n'est coûteuse. Prises ensemble, elles transforment une attestation en un dossier qui tient. Elles se préparent avec le reste du dispositif : si vous partez de zéro, votre client exige une formation ferroviaire, par où commencer donne l'ordre des étapes, et c'est en réunion d'inspection commune des travaux que ces éléments vous seront demandés.

Vérifier n'est pas surveiller

Deux précisions s'imposent, parce que l'excès inverse existe aussi.

Ces mesures relèvent de bonnes pratiques d'organisation. Elles ne constituent pas une obligation légale générale, sauf texte particulier, exigence d'un donneur d'ordre ou engagement contractuel spécifique. Nous les recommandons pour leur valeur probante, pas parce qu'un texte les imposerait.

La télésurveillance change de nature Dès qu'un dispositif capte l'image du salarié, son écran ou son activité, il s'agit d'un moyen de contrôle : il doit rester proportionné au but poursuivi, les salariés doivent en être informés préalablement, et, selon l'effectif de l'entreprise, le comité social et économique est informé et consulté avant sa mise en œuvre. Dans la grande majorité des cas, un créneau encadré et un référent présent atteignent le même résultat sans traitement de données supplémentaire.

Ce que chaque pièce du dossier démontre réellement

Élément du dossierCe qu'il démontre réellement
Traces de connexion et progressionQu'un parcours a été suivi depuis un compte — pas par qui
Attestation de formationQue la formation a été réalisée conformément au programme de l'organisme
Résultat de l'évaluation finaleLe niveau de connaissances — à condition que les conditions de passage soient fiables
Créneau encadré, référent présentQue le salarié concerné a bien composé lui-même
Mise en situation pratiqueQue le salarié sait appliquer, et pas seulement restituer
A.A.E. délivrée par l'employeurVotre décision d'autoriser l'accès — elle vous engage
À retenir

Une formation ne se résume pas à la remise d'une attestation. Elle doit permettre au salarié d'acquérir les compétences nécessaires, et à l'employeur de pouvoir démontrer que la formation était adaptée aux risques de la mission. L'enjeu n'est pas d'ajouter des contraintes : c'est de mettre en place un dispositif cohérent, proportionné aux risques identifiés et suffisamment documenté pour tenir le jour où il sera examiné.

FAQ

Questions fréquentes

La loi oblige-t-elle à surveiller le test SECUFER en e-learning ?

Aucune obligation générale de surveillance ne résulte des textes relatifs à la formation à la sécurité. Il s'agit d'une bonne pratique d'organisation, destinée à sécuriser la valeur probante du résultat. Une obligation peut en revanche naître d'une exigence contractuelle, du cahier des charges d'un donneur d'ordre ou d'un référentiel particulier.

Que se passe-t-il si le test a été passé par une autre personne ?

L'attestation existe toujours, mais elle ne démontre plus le niveau de connaissances du salarié concerné. En cas d'accident ou de contrôle, sa valeur comme élément de preuve du parcours de formation peut être discutée. Le plus prudent est de faire repasser l'évaluation dans des conditions vérifiables avant toute intervention.

Le e-learning suffit-il pour intervenir sur une emprise ferroviaire ?

Cela dépend des missions confiées et des risques identifiés. Le e-learning peut répondre aux exigences pour la partie théorique. Lorsque l'évaluation des risques fait apparaître une exposition plus forte — travaux de nuit, végétation en bordure de voie, voisinage de caténaire — l'employeur peut avoir à compléter par des mises en situation ou une évaluation réalisée par une personne compétente.

Qui délivre l'Autorisation d'Accès aux Emprises ?

L'employeur de l'intervenant — ni l'organisme de formation, ni le gestionnaire d'infrastructure. Il la délivre sur la base de l'attestation de compétence et de la visite médicale à jour.

Peut-on filmer le salarié pendant l'épreuve ?

Un tel dispositif constitue un moyen de contrôle de l'activité : il doit rester proportionné au but poursuivi, les salariés doivent en être informés préalablement et, selon l'effectif de l'entreprise, le comité social et économique est informé et consulté avant sa mise en œuvre. Dans la plupart des situations, un créneau encadré avec un référent présent atteint le même résultat sans traitement de données supplémentaire.

Quels justificatifs conserver dans le dossier de formation ?

L'attestation nominative, le programme avec ses modalités d'évaluation, le résultat de l'évaluation, la date et les conditions de passage, ainsi que la trace de la déclaration au Passeport Prévention. Ces éléments se conservent avec l'A.A.E. et la visite médicale.

Quelle différence entre l'attestation de formation et la preuve de compétence ?

L'attestation établit que l'action de formation a été réalisée conformément au programme. La preuve de compétence repose sur l'évaluation et, selon les risques, sur une mise en situation. La première est délivrée par l'organisme ; la seconde s'apprécie au regard des missions confiées par l'employeur.

Aller plus loin

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Documents, accès et réglementation

Note — Cet article a une vocation informative et ne se substitue ni aux référentiels de sécurité en vigueur, ni aux consignes du site, ni à l'évaluation des risques qu'il appartient à chaque employeur de réaliser et de tenir à jour. Textes publics de référence : décret n° 2017-694, articles L.4121-1 et suivants, L.4141-2 et R.4141-1 et suivants du Code du travail pour la formation à la sécurité ; articles L.1121-1, L.1222-4 et L.2312-38 du Code du travail et règlement (UE) 2016/679 pour les moyens de contrôle de l'activité des salariés. Réseau AMYNCO — SIRET 988 065 173 00011, déclaration d'activité n° 30620465660 ; cet enregistrement ne vaut pas agrément de l'État. Certification Qualiopi n° 2025-269-03 délivrée au titre des actions de formation.

HR
Henri Rinaldo
Président de Réseau Amynco

Formateur en hygiène et sécurité au travail, Henri Rinaldo dirige Réseau Amynco, organisme de formation certifié Qualiopi. Il conçoit et anime des formations à la prévention des risques professionnels (AIPR, autorisations de conduite d'engins, SECUFER…). Sur ce blog, il partage les obligations réglementaires et les bonnes pratiques pour intervenir en sécurité sur les emprises ferroviaires.